Historique

Historique

Le CSMO-ÉSAC est apparu comme une créature nouvelle, surgissant dans un monde nouveau. Son apparition s’inscrivait dans le débit de la création massive des comités sectoriels de main-d’œuvre, déclenché par l’élaboration et la mise en place de la politique d’intervention sectorielle par la Société Québécoise de Développement de la Main-d’œuvre (SQDM) à la fin de 1995. L'adoption d’une orientation d’intervention sectorielle par la SQDM, en 1995, s’inscrivait dans l’esprit d’une politique active du marché du travail et du développement de la main-d’œuvre, centrée sur le déploiement de la formation et appuyée sur un partenariat sectoriel et régional organiquement articulé. La Commissions des partenaires du marché du travail (CPMT), avec son rôle national et ses conseils régionaux, est venue en juin 1997 boucler la boucle de cette proactivité et rassembler ses partenaires sectoriels et régionaux en un ordonnancement national.

Cette mouvance intervenait aussi dans le contexte de l’adoption, en cette même année 1995, de la Loi favorisant le développement de la formation de la main-d’œuvre (loi du 1%) qui visait une meilleure prise en charge de ce développement par les entreprises et les milieux de travail. Également, plusieurs autres nouveautés bougeaient dans l’environnement. Surgi du Sommet socio-économique de 1996, le concept d’économie sociale, qui jusque là n’était pratiquement pas connu dans l’aile gauche ou progressiste du mouvement coopératif et dans les milieux intellectuels, était pour la première fois reconnu publiquement et validé officiellement. C’était également la première fois avec le Sommet de 1996 que le partenaire communautaire était accueilli parmi les autres grands partenaires du monde des affaires et du monde du travail. Cette ouverture venait également à la suite de la reconnaissance institutionnalisée de l’action communautaire par l’État l’année précédente avec la création du SACA (Secrétariat à l’action communautaire autonome). Et cette orientation allait ensuite être reconfirmée l’année suivante, en 1997, par l’intégration du communautaire au sein de la Commission et des Conseils régionaux des partenaires du marché du travail.

Avec les nouveautés mentionnées sont également apparues d’autres organisations qui, par leur nature, allaient devenir des partenaires de proximité et de complicité du CSMO-ÉSAC. Il s’agit du Chantier de l’économie sociale, créé lui aussi à l’issue du Sommet socio-économique, et le Réseau d’investissement social du Québec (RISQ) né à la même période. C’est également dans le même contexte que les Centres locaux de développement (CLD) se sont vus confier la responsabilité et les budgets pour s’occuper d’économie sociale et que les comités régionaux d’économie sociale (CRES) ont assumé une représentation au sein des Corporations de développement régional (CRD). Les CLD existent toujours, mais en 2004, les CRD ont été remplacés par les Conseils régionaux des élus (CRÉ).


Un comité sectoriel de main-d’œuvre bien spécial

La création du CSMO-ÉSAC s’est coulée dans la mouvance des nouveautés signalées d’une double manière. D’une part on établissait un comité sectoriel sur la base d’une forme d’entreprise et d’organisation plutôt que sur la base d’une branche ou d’un créneau économique particulier de production de biens ou de services. Expliquons brièvement : par exemple, le CSMO de fabrication métallurgique industrielle ou encore celui des portes et des fenêtres, meubles et armoires de cuisine, prend appui sur le découpage d’un contenu spécifique de production économique tandis que le CSMO-ÉSAC représente non pas le contenu de la production d’un bien ou d’un service particulier, mais la forme d’entreprise ou d’organisation réalisant cette production. La Fédération québécoise des coopératives de travail est membre du CSMO-ÉSAC parce que la production sous forme coopérative fait partie de l’économie sociale. Cependant, il pourrait très bien y avoir des coopératives de travail dans le secteur de la métallurgie ou des portes et fenêtres. Ce qui est aussi le cas des entreprises d’insertion. Elles sont membres du CSMO-ÉSAC en raison de la dimension insertion, mais des entreprises organisées autour de cette dimension peuvent également se retrouver dans tous les secteurs d’activités. Ainsi, Formétal coordonne avec le CSMO de la métallurgie en même temps qu’il est relié au CSMO-ÉSAC à travers le Collectif des entreprises d’insertion du Québec. C’est aussi les cas des coopératives forestières qui en tant que coopératives sont dans le champ du CSMO-ÉSAC, mais qui sont membres du CSMO aménagement forestier, participant à ses activités et même à son administration. La situation est similaire dans les ressourceries qui pourraient aussi bien se retrouver dans le CSMO de l’environnement. Cette unicité du CSMO-ÉSAC en tant que comité sectoriel devrait nécessairement avoir une influence au moment de former la main-d’œuvre, entraînant éventuellement des partenariats systématiques avec d’autres CSMO pour la réalisation des démarches d’apprentissage plus étroitement liées à la production.

Le deuxième aspect de la nouveauté représentée par la création du CSMO-ÉSAC réside dans la double identité du secteur sur lequel il est formé. Au sein du CSMO-ÉSAC, sont unis le champ de l’économie sociale et le champ de l’action communautaire pour les constituer en un secteur. De toute évidence c’est sur la base de leur « mystique » sociale, de leur priorité à la personne humaine sur la notion de profit, de leur nature démocratique et de leur adhésion forte aux valeurs et droits humains fondamentaux, bref de leur surgissement de la gestation démocratique historique au creux des grandes problématiques sociales, que ces deux « mouvements » sociaux ont été unifiés en un secteur au sein d’un même comité sectoriel. Il est important de signaler que cette jonction ouvre un espace sectoriel très vaste, encore indéfini, et place haut le défi d’obtenir une appartenance serrée et unifiée au CSMO-ÉSAC de la part de tous ses membres, autant les communautaires avec la mosaïque de leurs couleurs et particularités que les « économiques » OBNL, des plus mous aux plus consistants et les « économiques » coopératifs.



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